Le programme éducatif du PS fera-t-il "bouger les lignes" ?

Publié le par le-krach-educatif

 

Le Monde du 19 octobre fait état d'un texte intitulé "Education et Formation pour l'Egalité" qui constitue le résultat du travail mené par un groupe autour de Bruno Julliard, secrétaire à l'éducation du Parti Socialiste. Texte qui, on nous le précise, devra encore être discuté, puis soumis au vote avant d'être intégré au programme du candidat socialiste à la prochaine élection présidentielle.

Selon l'auteur de l'article, ce texte constituerait un programme qui "fait bouger les lignes". Cela ressemble à une bonne nouvelle ! Pour notre part nous formulons clairement le souhait que la gauche, et donc tout spécialement le Parti Socialiste, fasse en effet "bouger les lignes" de ses conceptions éducatives. Droite et Gauche ont-elles montré, d'ailleurs, des conceptions éducatives vraiment différentes jusqu'à présent ? Peut-on nier que dans le courant des réformes Haby, Savary, Chevènement, Monory, Jospin, Bayrou il y ait beaucoup plus de continuité que de ruptures de fond ? En exceptant sans doute quelques tentatives d'innovations, rapidement digérées par l'institution, à l'époque Savary…

La journaliste du Monde écrit : "Serait-ce le retour du PS qui ose ? D'un Parti Socialiste qui propose un programme éducatif plutôt qu'un tract syndical ?". Cette petite phrase dit l'essentiel : la politique éducative de la Gauche dans les quarante dernières années n'est guère allé plus loin que les revendications syndicales. Et celles-ci ne se sont faites entendre essentiellement que sur des questions quantitatives : moins d'élèves, moins d'heures, plus de postes, la hors classe pour tous. Revendications, hâtons-nous de le dire, parfaitement légitimes, mais qui ne constituent en effet pas un programme éducatif.

Alors, le nouveau texte fait-il, oui ou non, "bouger les lignes" ?

Comme on sait : la critique est aisée. Ce qui compte, c'est la discussion. Parcourons les têtes de chapitres.

"Concentrer l'essentiel des moyens sur l'enseignement primaire".

N'est-il pas frappant que l'on commence ainsi par une question de "moyens" ? Au commencement sont les moyens matériels ?  Si on met le paquet, ça ira mieux ? Nous ne partageons pas cet a priori, mais peut-être Bruno Julliard non plus. Ne faisons pas de procès d'intention. Le projet prévoit de porter l'obligation scolaire à trois ans (actuellement elle est à six ans). Il est certain que cette mesure coûtera très cher. Où sont les considérants sociologiques et psychopédagogiques qui en justifient la nécessité ? Peut-être dans le texte complet.

2. "Raccourcir les vacances d'été",

Ne peut pas être une mauvaise idée : elles sont trop longues. On est encore dans le quantitatif : s'il y a plus d'heures, ça ira mieux. Peut-être bien que oui, peut-être bien que ce n'est pas l'essentiel.

3. "Donner plus d'autonomie aux établissements".

Tout le monde a pu lire dans les enquêtes internationales qu'en Finlande, un pays qui réussit bien, les établissements sont largement autonomes. Oui, seulement en Finlande, il n'y a pas d'inspection pédagogique comme la notre et les programmes sont des cadres largement interprétables. Le projet d'établissement ne sera jamais grand-chose tant que les enseignants seront ligotés par des programmes minutieusement définis et des inspecteurs tatillons, "à cheval" sur les programmes. Donc l'autonomie des établissements, oui, mais pour que cela ait un sens, il faut définir les programmes comme des cadres, les examens nationaux comme des rendez-vous, et rendre la liberté pédagogique aux enseignants.

4. "Créer des collèges où l'on ne redouble plus".

Cette formule publicitaire peut prêter à grimacer. Mais il semble que, sous des formules absconses (que le texte intégral clarifie peut-être) comme "architecture plus transversale des enseignements", ou très vagues comme "parcours personnalisés", des discussions importantes soient engagées, qui peuvent aboutir à rendre le collège davantage pluriel, en même temps qu'unique…On est peut-être là, pour la première fois, dans un débat qui ne porte pas sur le quantitatif, mais sur des modifications profondes. À suivre, donc.

Avançons : le point 5 : "Casser les ghettos", en imposant un pourcentage d'élèves défavorisés dans chaque collège ou lycée… Oui, ça ne peut pas faire de mal. Le succès est incertain, mais l'intention est bonne.

Les points 6 et 7 : "Promouvoir le travail des enseignants en petits groupes avec les élèves et en équipes entre eux"…Bruno Julliard n'ignore pas que cela se fait déjà…Pas assez, d'accord. Mais si l'on veut que les enseignants travaillent davantage en équipe, il faut définir beaucoup plus souplement les programmes.  La phrase "la définition du métier d'enseignant ne se réduirait plus au nombre d'heures de cours qu'il doit assurer" mériterait des éclaircissements ! La durée du travail de l'enseignant ne s'est jamais bornée au nombre d'heures passées en face des élèves. S'il s'agit de mieux le reconnaître, c'est une chose. S'il s'agit de clouer les enseignants trente cinq heures par semaine sur l'établissement (ce n'était pas une idée de Ségolène ?) voilà qui va susciter quelques remous…

Offrir une vraie formation aux enseignants, (point 7) c'est une bonne intention, mais elle est éventuellement contradictoire avec "enseigner une deuxième discipline". Discussion difficile. Ici, il manque l'essentiel : rétablir le stage et rétablir le pré recrutement rémunéré des enseignants en deuxième année d'université : les IPES!  

Point 8  : Mixité sociale dans les établissements privés, bien, mais comment ? Avec des bourses ?

Points 9 et 10, Secours à apporter aux établissements "difficiles" et aux élèves ayant échoué, certes. Le mieux serait naturellement un système éducatif produisant moins d'éclopés.

En résumé, nous ne pouvons que saluer le fait qu'un dirigeant du Parti Socialiste ait réfléchi aux causes du profond malaise que crée la situation du système éducatif. Nous espérons que la discussion permettra d'aller plus loin. On a envie de dire : "Socialistes, encore un effort, si vous voulez vraiment réformer le système éducatif pour en faire une école efficace et un facteur de progrès social".

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