Critique parue dans le Bulletin de l'Association des Professeurs de Mathématique

Bulletin de l'APMEP, février 2011.

 

Le Krach éducatif, 32 propositions pour tenter de l'éviter, par Jean-Pierre

Boudine, en collaboration avec Antoine Bodin. L'Harmattan, septembre 2010.

253 p. en 14,5 x 21,5. Prix 23,50 €.ISBN: 978-2-296-12946-7.

 

À lire le titre, violemment provocateur, on pourrait classer cet ouvrage parmi les nombreux pamphlets sur l'état actuel de l'école qui remplissent les gondoles des librairies ; mais il est écrit par deux professeurs de mathématiques bien connus des lecteurs du Bulletin, ayant à eux deux quatre-vingts années d'expérience française et internationale de l'enseignement et de son évaluation.

De plus, le sous-titre tempère fortement la brutalité du titre. L'introduction brosse un tableau des évolutions du système éducatif depuis 1970 tant en France qu'à l'étranger.

 

L'ouvrage s'articule ensuite en sept chapitres :

1) Éléments de diagnostic. Comparaisons internationales (PISA, Recherche et universités).

2) À propos du socle de base (son évaluation).

3) Pour un collège pluriel (Éléments d'un bilan, après le collège, Excellence olympique).

4) Qu'est-ce que « évaluer» ? (Formateur, évaluateur, deux rôles distincts, évaluation et innovation).

5) D'un enseignement plus rationnel (options, enseignement intensif, espace et temps de travail).

6) Quels enseignants pour quelle école? (La carotte et le bâton, la formation des enseignants, La « Maison »).

7) Quelle gouvernance pour les institutions scolaires? (Définir des programmes, Définir et corriger des épreuves).

En conclusion les auteurs montrent les limites de l'ouvrage qui n'aborde ni le primaire ni l'université et s'interrogent sur les valeurs de l'école, hier et aujourd'hui (travail, autorité, respect, laïcité, culture).

Chaque chapitre se termine par quelques propositions qui sont reprises en fin d'ouvrage (avec de très légères variantes, un présent faisant parfois place à un futur) que je résume ici:

1) Participer à toutes les enquêtes internationales.

2-4) Rééquilibrer les objectifs du socle ; revoir sa rédaction; l'évaluer suivant différentes formes et étapes.

5-12) Améliorer l'orientation; enseigner la philosophie dès 14 ans; rendre attractives les formations professionnelles; développer des cursus scientifiques dès 14 ans; spécialiser davantage les classes terminales et faire de la voie littéraire une voie d'excellence; limiter à quatre les épreuves de chaque baccalauréat ; créer une année de propédeutique préparant aux études universitaires; intégrer les prépas aux universités.

13) Créer un institut français d'évaluation.

14-18) Contrat d'enseignement avec majeures (seules présentes à l'examen) et mineures tout au long de la scolarité secondaire ; chaque élève progresse à son rythme; enseignement intensif de l'anglais (de 6 mois entre 10 et 12ans) ; pas de travail ni de cartable hors de l'école ; accueil des élèves en heures libres de 8h à 9h et de 16h à 18h.

19-25) Modifier profondément les missions de l'Inspection; création d'un conseil national enseignant pour traiter les cas difficiles d'incapacité des enseignants; par roulement « professeur conseiller pédagogique» ; encourager les enseignants à parcourir une grande partie des niveaux de la maternelle à l'université; favoriser les concours internes; développer l'évaluation automatisée et les interrogations orales; restaurer les IPES.

26-32) Pas d'inégalités entre établissements; modifier les missions de l'Inspection Générale; programmes établis par un groupe d'experts, soumis à concertations et conçus comme des minimas ; sujets d'examen établis par un groupe comprenant des spécialistes de l'évaluation, et eux-mêmes évalués a posteriori; création et définition de tous les établissements sous la responsabilité du Rectorat en fonction des besoins du marché du travail ; chef d'établissement élu pour cinq ans par les enseignants et le personnel ; grande autonomie des établissements autour d'un projet pédagogique.

Cette longue énumération montre le souci des auteurs de proposer une profonde réforme de tout le système s'appuyant sur des expériences et des pratiques d'autres pays et cohérente dans son ensemble. On y retrouve certaines propositions formulées par l'APMEP dans ses chartes et textes d'orientation depuis plus de quarante ans mais aussi des suggestions qui ne correspondent pas à ses positions actuelles ; il est bien évident que s'il est facile de tomber d'accord sur une grande partie des éléments du diagnostic, un projet aussi global doit recueillir les contributions et le consensus d'une très large majorité avant d'être proposé aux décideurs.

Ce livre se lit avec plaisir car les auteurs savent faire partager leurs convictions et leur enthousiasme. Je pense que leur apport le plus original concerne l'évaluation, à la fois des élèves, des enseignants, des sujets d'examen et par conséquent de la situation de l'éducation dans notre pays et son évolution.

 

Paul-Louis HENNEQUIN